Car pour guérir, pour pardonner, il faut d'abord que les mots soient dits, 

que cette honte tapie depuis si longtemps à l'intérieur sorte au grand jour,

et pulvérise en passant cette boule d'angoisse coincée dans ma gorge qui m'empêche parfois de respirer.

 

Pourtant, pendant des années, je n'y ai plus pensé, très occupée par ma vie professionnelle et familiale. Mais ces non-dit sont des poisons qui se diffusent lentement et finissent par nous pourrir la vie.

Pourquoi maintenant? 

Parce que ces dix dernières années, j'en ai voulu énormément à ma mère, 

et comme elle arrive au bout de sa vie, dans de grandes souffrances, 

je veux l'accompagner totalement, sans arrière-pensées, chasser les fantômes et lui montrer mon amour inconditionnel.

 

Alors, les mots éclatent au grand jour, et tant pis pour ceux que ça dérange!  

 

Amour, haine,

Dégoût, honte,

Rancœur, solitude.

Trop petite pour comprendre,

Trop fragile pour m’enfuir.

 

Le voilà, il arrive!

Bruit de barrière qui claque,

Bruit de porte qui s’ouvre.

Au secours, maman, où es tu?

Panique, sentiment d’abandon.

 

Il est là, souriant,

Me prend la main doucement.

Et je me mets à espérer

Que ce cauchemar est terminé,

Que cette «chose»là, je l’ai rêvée.

 

Mais déjà sa main s’égare.

Prisonnière, tétanisée,

Assise fermement sur ses genoux.

S’évader dans ma tête,

Attendre que ça passe

 

Pourquoi suis-je là?

Allongée sur cette table,

Où est passée ma culotte?

Terreur, culpabilité.

Ai-je fait quelque chose de mal?

 

C’est si long, pitié!

Il me mange goulûment.

Sa barbe, sa langue sur ma nudité.

Mais je n’ai que 8 ans,

Ça veut dire quoi tout ça?

 

Chantage, mots mielleux.

Tu ne diras rien à maman, d’accord?

Elle aurait de la peine,

Elle ne te croirait pas,

Tu serais punie.

 

Barrière qui se referme,

Grand vide dans la maison,

Froid glacial dans mon cœur.

Maman adore son papa.

Subir et me taire.

 

Tout faire pour l’éviter,

Me cacher, et vite grandir,

Apprendre à vivre à ses côtés.

Tout le monde l’aime,

N’ai-je pas tout inventé?

 

Maman, fille dévouée,

Sourde à mes signaux.

Mon cœur dur comme la pierre,

Toujours au bord des larmes,

A jamais de toi s’est éloigné.

 

Grand père, pourtant, tu nous aimais

Et j’espère un jour te pardonner

Quand les mots auront été dits

Alors je ne me sentirai plus seule,

Abandonnée…..

 

 

J'ai pardonné à ma maman, le jour où j'ai écrit ce poême. Mais pas à "lui", pas encore...Le chemin est long pour se détacher du passé et vivre le moment présent.

Voilà ce qui m'est arrivé, et arrive encore de nos jours, et dans tous les milieux sociaux. Il faut libérer la parole, ne pas avoir honte.

Je suis consciente que ce billet n'a rien à voir avec la déco, mais ce blog m'aide à avancer, et je vous remercie de m'avoir lue, votre amitié m'est précieuse! 

 

enfance